Nos découvertes : vestiges et collections

Le sanctuaire gallo-romain

 

Responsable scientifique : Bruno Bazin / Responsable adjointe : Sonia Papaïan / Études des bois : Emmanuel Bouilly

 

Autricum (Chartres antique) était dotée d'un des plus grands sanctuaires de la Gaule romaine connus à ce jour. Ce dernier dit de "Saint-Martin-au-Val " est implanté à moins d'un kilomètre au sud du centre administratif et politique de l'époque antique, dans l'actuel quartier Saint-Brice. Il est composé de plusieurs bâtiments, fouillés par les archéologue de la Ville de Chartres et Chartres métropole deux à trois mois par an.

Un vaste bâtiment de 6 hectares !

Une construction d'envergure

L'édifice principal de forme rectangulaire s'étend sur 6 hectares (200 m par 300 m). Il se compose de quatre galeries de circulation et de pavillons d'angle enserrant une cour de plus de 4,5 hectares. Le temple, construit au milieu de la façade occidentale, se situe vraisemblablement sous l'actuelle rue Vangeon, dans le prolongement de l'église Saint-Martin-au-Val. Les archéologues ont concentré leurs recherches sur l'angle nord-est de cet édifice.

Les premiers travaux débutent aux environs des années 70-80 de notre ère. L'emplacement choisi, en contre-bas de l'actuel quartier Saint-Brice, est à cette époque un marécage, fréquemment affecté par les débordements de l'Eure.

Cette contrainte ne refrène en rien les architectes. À renfort de plusieurs milliers de tonnes de remblais, provenant probablement des carrières proches (site rue de Reverdy), les ouvriers rehaussent et assainissent toute la zone. Ils entaillent une partie du coteau afin de créer une immense esplanade qui facilitera l'acheminement des divers matériaux de construction.

Dans un premier temps, les efforts se concentrent sur les murs des pavillons d'angle et des portiques qui ceinturent la cour intérieure. Vers les années 120-130 apr. J.-C., la construction de pièces rectangulaires (exèdres) et semi-circulaires (absides) est effective le long de la façade monumentale.

Après une cinquantaine d'années, et probablement des investissements faramineux, le bâtiment sort de terre et prend forme.

 

Une construction interrompue

Les décennies qui suivent sont marquées par un arrêt brutal de la construction, au moins dans l'angle nord-est du monument. Cette partie du bâtiment semble alors totalement abandonnée jusqu'au début du IIIe siècle apr. J.-C., et, quand l'activité reprend, force est de constater que les perspectives ont changé.

Les murs sont en partie détruits afin de récupérer les silex pour d'autres chantiers ; les colonnes, chapiteaux et blocs en calcaire sont transformés en chaux dans des fours découverts au nord du sanctuaire ; des artisans refondent les éléments en bronze présents sur la construction ; de grandes fosses sont creusées dans la cour et en façade du monument pour enfouir les divers déchets issus du démantèlement du bâtiment. Le site devient alors une carrière à ciel ouvert et tout ce qui peut être récupéré est recyclé pendant 80 ans environ.

Il semble  qu'un abandon précoce de ce grand complexe monumental est effective dès le début du IIIe siècle apr. J.-C.. Plusieurs interrogations attendent encore des réponses. Les causes de ce changement de programme peuvent être multiples : projet trop ambitieux ? Mauvaise gestion ? Problème d'approvisionnement ?...

Un deuxième temple ?

Au delà de la voie qui borde la façade est du grand sanctuaire, un vaste ensemble de constructions prolonge le complexe cultuel vers la vallée de l'Eure. L'une d'elles, fouillée à partir de 2013, correspond à un des multiples édifices cultuels secondaires habituellement présents dans les grands ensembles religieux antiques.
L'édifice, de plan presque carré (+/- 25 m), s'articule sur une longue galerie plus ancienne, réaménagée à plusieurs reprises. Le bâtiment est détruit jusqu'à la base de ses murs mais ses sols sont en partie conservés. Sa façade est tournée vers la rivière et ponctuée de huit colonnes. Solidement campée sur un haut podium, elle domine les constructions avoisinantes. L'arrière du bâtiment qui borde la voie, est clôs. On accède à l'intérieur de l'édifice par l'intermédiaire de la galerie, depuis le sud et le nord.
La pièce centrale du bâtiment, largement ouverte vers l'Eure, concentrait la dévotion des visiteurs. Son sol était pavé de calcaire et ses murs richement ornés de plaquages de roches colorées, comme l'indiquent les éléments décoratifs abandonnés dans les couches de démolition. Un petit podium occupe le fond de la pièce et devait accueillir la statue d'un dieu ou un petit autel. Des fragments de statues abandonnés à proximité de la façade attestent que Diane et Apollon étaient honorés dans ces lieux.
La date de construction de l'édifice est située vers 70 apr. J.-C. Il est démoli dès le début du IIIe s. apr. J.-C., comme le grand sanctuaire.

Une fontaine monumentale en façade du bâtiment

Depuis 2017, les archéologues de Chartres métropole ont concentré leurs recherches sur une fontaine monumentale située en façade est du grand sanctuaire. Sol en calcaire blanc, base de mur en marbre de Carrare ( ?), élévations ornées de fresques ou de motifs taillés dans la pierre, ce bâtiment illustre parfaitement le savoir-faire et le raffinement « à la romaine ». Plus encore, au centre de la pièce, un grand bassin quadrangulaire en marbre blanc de Turquie a conservé les restes inédits d’un plafond à caissons en bois peints et sculptés.

Une découverte Exceptionnelle de renommée internationale !

Le bois est un matériau qui ne résiste pas aux aléas du temps et il est extrêmement rare dans des contextes archéologiques aussi anciens. À Saint-Martin-au-Val, et contre toute attente, c’est l’alliance du feu et de l’eau qui est à l’origine de la préservation du plafond sculpté : le feu car les pièces présentent les stigmates d’un incendie qui a durci les pièces avant leur effondrement ; L’eau car le bassin, dans lequel elles sont tombées, était encore rempli, mettant fin ainsi à la combustion des bois avant leur destruction totale. Le site est ensuite abandonné sans une récupération des pièces. Les crues successives de l’Eure finissent de recouvrir le lieu, scellant dans un même temps le plafond dans un milieu humide, sans air et sans lumière : trois paramètres idéaux à sa conservation.
Si la découverte de bois est rare, celle d’un plafond à caissons antique sculpté et peint l’est encore plus. À titre de comparaison, la seule découverte similaire significative dans ce domaine provient du site de la villa de Telephus à Herculanum en Italie en 2010 !
Pour ajouter au caractère inédit, cet ensemble témoigne d’une maîtrise exceptionnelle et très avancée du travail du bois notamment par l’utilisation de techniques de charpente/menuiserie aujourd’hui disparues. On peut aussi souligner la finesse des décors végétaux élégamment ciselés et la recherche dans la confection des caissons avec des formes losangiques, hexagonales et triangulaires.
Au final, l’état de conservation remarquable, la qualité de l’ouvrage et le contexte dans lequel ce plafond a été mis au jour confèrent d’ores et déjà à cette découverte une renommée internationale.

Les débuts d'une longue étude !

Les investigations sur les bois ont véritablement débuté en 2019. Durant 3 mois et demi, quelques 300 fragments et pièces de bois ont été mises au jour par les archéologues de Chartres métropole. La totalité du corpus est estimée à plus de 1500 pièces. Deux autres campagnes de fouilles et de nombreux spécialistes seront nécessaires pour mener à bien leur étude. À terme, le but est certes de proposer une restitution de cet ensemble exceptionnel. Mais au-delà de cet aspect, ce sont les techniques et les savoir-faires des artisans bûcherons, charpentiers, menuisiers, forgerons et maçons antiques qui sont interrogés. En bref, c’est tout un pan de l’histoire de l’artisanat du bois qu’il nous est donné de redécouvrir.

Une période trouble

A la fin du IIIe siècle apr. J.-C., le statut religieux du lieu évolue puisque l'on profite d'une grande fosse de récupération (49 m de long pour 8 m de large) en façade du pavillon d'angle nord-est, pour enterrer plus d'une centaine de corps entre les années 270 et 280 apr. J.-C.

Jetons de jeux, vaisselle en verre, restes d'animaux, éléments de parure et poteries brisées y sont jetés en vrac avec les corps qui regroupent à la fois des adultes, des enfants et des bébés. Ces dépôts humains et de matériel, dans un espace éloigné de la ville, seraient survenus à la suite d'une épidémie.

Un site à valoriser

Du fait de son intérêt majeur, cette fouille est déclarée "programmée" par le Ministère de la Culture en 2011. Il bénéficie à ce titre du versement de subventions anuelles pour soutenir la recherche.

La Ville de Chartres travaille à sa sécurisation et sa valorisation grâce à des visites guidées, événements et ateliers pour le jeune public.

 

Une découverte à renommée internationale !

Visualisez les dernières découvertes de la charpente antique grâce à ce film réalisé par Marius Gombert et Sarah Suchet (Université de Tours, 2019) !

Des visites et animations dès le printemps !

Visites de site tous publics et scolaires, journée famille, stage de fouilles. Retrouvez notre programmation annuelle en cliquant ici

Une fouille réalisée grâce au soutien de la DRAC Centre-Val-de-Loire

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